Samedi 22 septembre 6 22 /09 /Sep 14:39

« Vous n’avez pas de nouveaux messages. »

Eh merde ! Je n’en peux plus d’attendre que ce foutu répondeur persiste à ne pas vouloir changer de disque ! Je vais prendre les devants cette fois. Mes doigts glissent sur le petit clavier, comme ayant prit une conscience propre pour composer ce numéro. La sonnerie retentit, une fois puis deux puis trois… Je n’ai jamais été quelqu’un de très patient, pourtant j’attends jusqu’au moment où la voix métallique m’explique comment laisser un message pour raccrocher. On devait se voir ce soir, où peut-il bien être ? Quelle question. Je sais parfaitement où il est, il est encore une fois retenu entre les griffes du Monstre. Je me demande toujours pourquoi il reste auprès de cette femme, qu’il dit ne plus supporter depuis des années. Pourquoi se forcer à faire semblant, alors qu’il pourrait trouver le réconfort avec moi ? Je n’ai jamais aimé me cacher, pourtant il le faut maintenant. Je ne pensais pas être à cette place un jour, mais il faut bien que je me rende à l’évidence : je suis la maîtresse. Quel rôle détestable. Maman serait bien choquée de savoir ça, mais elle n’est plus là pour l’apprendre… Du coup elle le voit peut-être de là-haut, c’est encore pire. Je me sers un autre verre de vin et je vois ma mère au fond d’mon verre, comme dans la chanson. Finalement je vais arrêter de boire maintenant. Je m’étends sur mon lit, face vers le plafond froid et triste. Comme moi. Je n’attends pas qu’il me rappelle, ni qu’il m’écrive ni même qu’il vienne finalement mais bon Dieu qu’est-ce que j’aimerais qu’il le fasse quand même ! Chaque fois que je me retrouve dans cette situation, à l’attendre en sachant pertinemment qu’il ne viendra pas, mon cœur est dans un grand huit. Pourquoi la choisir elle et pas moi ? Elle, qui l’emmerde depuis bientôt 15 ans, qui ne sait rien faire à part la cuisine et la marmaille, qui le traite comme un moins-que-rien ? Pourquoi vouloir le garder auprès d’elle, comme une sangsue qui s’agrippe à sa proie pour ne plus jamais la relâcher, alors qu’elle dit le détester ? Quel paradoxe. Et moi dans tout ça je suis la laissée pour compte, la naïve qui espère encore et toujours qu’un jour il la quitte pour moi. Peu importe à quel point il me rend folle, combien le fait de devoir le partager ainsi me fait souffrir, à chacune de nos étreintes tout s’efface, il redevient le prince charmant en armure scintillante et me fait me sentir comme une princesse. Mais ce soir, à demi endormie sanglotant dans mon lit tellement grand et tellement vide, je n’ai plus envie de ça. Les bons moments sont vraiment merveilleux mais trop rares. Je ne veux plus être la 5ème roue du carrosse, j’aimerais devenir le premier choix de quelqu’un. Même si ce n’est pas lui. J’ai 45 ans, je suis surement trop vieille pour jouer à ce jeu-là. Alors cette nuit, accompagnée de ma bouteille de vin que je ne viderai pas, j’ai décidé d’arrêter. Mettre fin à cette relation est la meilleure des choses à faire, bien que ce soit aussi la plus difficile… Je l’aime c’est certain, d’un amour fou, inconditionnel mais parfois je doute de lui. Je ne peux plus vivre comme ça, par intermittence, je ne veux plus ! Mais comment faire pour supporter d’être seule ? Je n’ai personne, pas d’enfant, pas de frère ni de sœur, il ne me reste que ma mère et encore. Depuis toujours, j’ai cherché l’amour et je l’ai parfois trouvé. Il y a eu Brian, Alexandre, Jonathan, Samuel… Et maintenant Patrick. Et à chaque fois ça finit mal. Je ne peux pas croire que je m’apprête à quitter l’homme que j’aime, en général c’est moi qu’on quitte. Je finis par m’endormir, l’esprit torturé et assailli de questions. Au réveil ma tristesse s’est envolée, il ne reste plus que la colère. Je lui en veux. Je lui en veux de toujours oublier de penser à moi, je lui en veux pour toutes mes nuits passées dans l’ombre à l’attendre en vain. Il ne m’a pas appelé et n’a pas écrit non plus. Je lui laisse un message pour lui donner rendez-vous au restaurant habituel ce soir. Il doit venir, c’est maintenant que j’ai le courage de tout lui dire, demain ma détermination se sera peut-être envolée. Une fois arrivée là-bas, je vois qu’il est déjà assis à la table que j’ai réservée. Mon cœur tombe dans mon estomac, mes jambes flagellent et je tremble comme jamais. Je sens que je ne peux pas le faire, pourtant il le faut alors je ne m’écoute pas et le rejoins. Un sourire se dessine sur ses lèvres lorsqu’il me voit arriver.

- Bonsoir ma beauté. Comment vas-tu ? »

Je me crispe instantanément. Ce sourire, ce ton enjoué, je les aimais tellement et aujourd’hui ils m’exaspèrent. Comment peut-il faire comme si rien ne s’était passé ?
- Mal. Tu m’as abandonné, encore une fois. »

Son expression ne change pas, comme s’il ne sentait pas mon indignation. Ou pire, comme s’il s’en fichait royalement. Je ne peux pas supporter qu’il joue la comédie comme ça.

- Abandonné ? On n’avait pas convenu d’un rendez-vous que je sache.

- Comment ?! Dis-je en frappant du plat de ma main sur la table. Tu devais venir me voir, et encore une fois tu as trahi ta promesse ! J’en ai assez de tout ça ! »

Là, son sourire surfait s’efface enfin, et il semble s’énerver lui aussi.

- Écoute, tu sais que c’est compliqué non ? Tu le sais depuis le début, il faut l’accepter pendant le peu de temps que ça durera encore. Bientôt, le divorce… »

- Le divorce ? Le coupé-je. Arrêtes de me faire croire cette illusion stupide, je n’y crois pas. Je n’y ai jamais cru. C’est fini. »
J’ai les larmes aux yeux, mes doigts me brûlent mais je l’ai dit. Maintenant je pleure, je ne peux pas me retenir. Il ne réagit pas tout de suite, il semble lui falloir quelques temps pour assimiler ce que je lui ai dis.

- Juste comme ça, pour un rendez-vous raté ? Ça arrive à tout le monde non ? »

- Non Patrick, tout le monde n’a pas une femme qui le retient alors qu’il est censé en voir une autre. »

Étrangement, je dis ça de façon très calme et posée alors qu’il me regarde, lisant dans mon regard que c’est bel et bien une rupture définitive. Il se lève et part en vitesse, sans un seul mot, pas même un adieu. Je sais que je ne le reverrais plus jamais. Contre toute attente, je me sens soulagée et mon cœur est comme libéré d’un poids immense. Un nouveau chemin s'offre à moi. Je ne suis plus la maîtresse.

 

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Par Nais' - Publié dans : Écriture - Communauté : écrire c'est hurler en silence
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